24-05-2019 12:49 AM Jerusalem Timing

Des centaines de milliers pleurent Chavez

Des centaines de milliers pleurent Chavez

Mais sa succession est préparée

 Des centaines de milliers de Vénézuéliens se sont pressés mercredi à Caracas sur le passage du cercueil du président Hugo Chavez, décédé mardi d'un cancer, le long d'une procession qui vient clore 14 ans de domination de cette figure emblématique de la vie politique du Venezuela.
  
Au son de l'hymne national, la dépouille du président, décédé à l'âge de 58 ans, a été transportée de l'hôpital militaire de Caracas jusqu'à l'Académie militaire, où son cercueil doit être exposé avant les obsèques prévues vendredi.
  
La procession, d'une dizaine de kilomètres, était suivie sous un soleil de plomb par plusieurs centaines de milliers de personnes dont bon nombre d'entre elles vêtues de rouge, la couleur des "chavistes". Certains, filmés par les caméras de la télévision d'Etat, levaient le poing, d'autres avaient du mal à retenir leurs larmes.
  

A côté du cercueil, recouvert du drapeau national vénézuélien et escorté par les bérets rouge de la garde d'honneur présidentielle, se trouvaient notamment son héritier politique désigné, le vice-président Nicolas Maduro, le numéro deux de l'exécutif, le président de l'Assemblée nationale Diosdado Cabello, ainsi que le président bolivien Evo Morales.
 Le Venezuela ne sera plus jamais le même 
Au milieu de la foule, dont la densité ralentissait fortement la progression du cortège, une femme perchée sur un camion scandait dans un mégaphone : "Accompagnons à sa dernière demeure l'homme qui a coupé l'Histoire en deux! Le Venezuela ne sera plus jamais le même, transformons cette douleur en force!".
  
D'autres se précipitaient sur les photographies du président proposées par quelques vendeurs à la sauvette. "Je vais faire des copies des photos et vais les offrir à mes petits-enfants, à mes arrière-petits-enfants et à toute ma famille. C'est un moment historique, il faudra plus de cent ans pour qu'on ait de nouveau un chef comme celui-ci", assurait Luz Mayel, une femme de 38 ans.

Jusqu’à la victoire, toujours commandant
  

Devant l'hôpital, plusieurs partisans du président étaient munis du quotidien d'Etat Ciudad Caracas, qui a consacré sa Une à une photo de Hugo Chavez accompagnée du titre: "Jusqu'à la victoire, toujours commandant Chavez!".
   "Je suis venu faire mes derniers adieux au président. Il n'y aura pas d'autre Chavez, c'est le plus grand homme enfanté par cette patrie", clame à son tour José Gregorio Conde, employé public de 34 ans.
   "Je n'ai pas dormi de la nuit, j'ai pensé à ce qu'il s'est passé", a-t-il encore expliqué.
   "Qu'est-ce que je peux dire: je suis très triste", explique à l'AFP Isabel Febres, les yeux mouillés de larmes, en regardant un portrait du président.
   Isabel, comme des dizaines d'autres, arbore la couleur rouge des partisans de Hugo Chavez, qui n'ont cessé d'affluer dès les premières heures de la matinée devant l'établissement gardé par les troupes de la Garde nationale bolivarienne.
   "Je veux lui dire au revoir car c'était un homme bon, qui a tout donné aux plus pauvres", confie de son côté Iris Dicuro, un femme de 62 ans venue de Poerto La Cruz, dans le nord-est du pays
   "Je l'aime, je suis en bonne santé grâce à lui et aux médecins cubains qu'il a fait venir", a ajouté cette femme vêtue d'un t-shirt barré de l'antienne du pouvoir "Pa'lante Comandante" ("En avant, commandant").
  
 Maduro à l’intérim 

Mardi soir, Nicolas Maduro, au bord des larmes, avait annoncé "l'information la plus éprouvante et la plus tragique que nous puissions annoncer à notre peuple". "A 16H25 (20H55 GMT) aujourd'hui 5 mars, est mort notre commandant-président Hugo Chavez Frias après avoir combattu avec acharnement une maladie pendant près de deux ans", a-t-il déclaré dans une allocution retransmise par toutes les chaînes de télévision du pays.
  
Les autorités ont décrété sept jours de deuil, et les écoles et administrations étaient fermées mercredi.
 Le ministre des Affaires étrangères, Elias Jaua, a annoncé mardi soir que M. Maduro assurerait l'intérim à la tête de l'Etat et qu'une élection présidentielle aurait lieu dans 30 jours, conformément aux instructions laissées par Hugo Chavez. 
      Même si cette annonce avait été précédée lundi d'un bulletin médical pessimiste, elle a provoqué une véritable onde de choc au Venezuela.
   Mardi soir, après avoir expulsé d'un attaché militaire de l'armée de l'air américaine à l'ambassade des Etats-Unis, David Del Monaco, accusé de conspirer au sein des forces armées vénézuéliennes, Maduro a lancé plusieurs appels au calme et souligné que l'armée et la police avaient été déployées dans le pays pour "garantir la paix". Le ministre de la Défense, Diego Molero a, quant à lui, déclaré que les forces armées restaient "unies pour respecter et faire respecter la Constitution". Selon les autorités, aucun incident notable n'est venu troubler cette nuit principalement marquée par le recueillement.

Réactions

   La nouvelle de sa mort a été rapidement commentée à l'étranger. Brasilia a évoqué "la perte d'un ami", tandis que Barack Obama a espéré des "relations constructives" à l'avenir avec Caracas après de nombreuses années de tensions et d'alliances controversées avec les ennemis jurés de Washington : l'Iran, la Syrie ou la Libye de Kadhafi.
  

Mercredi, le chef de l'Etat syrien Bachar al-Assad a salué la mémoire du président Chavez et affirmé que sa mort était "une grande perte" pour lui et pour le peuple syrien.
 En Amérique latine, plusieurs pays comme le Brésil, l'Equateur ou même le Chili - où la droite est au pouvoir - ont décrété plusieurs jours de deuil.
A Cuba, les autorités ont appelé la population à rendre jeudi un "hommage posthume" massif au président vénézuélien Hugo Chavez, à la manière de ce qui est généralement organisé pour les principaux dirigeants du pays.
la bête noire des Américains
  

Le président par intérim, qui dispose de 30 jours pour organiser un scrutin anticipé, sera probablement opposé au gouverneur Henrique Capriles, 40 ans, battu par Hugo Chavez en octobre.
     

La bête noire des Américains

Chantre exubérant d'un "socialisme du XXIe siècle", dans un pays qui renferme une des plus importantes réserves de pétrole mondiales, qui plus est-il se trouve dans l’arrière-cour de la super puissance mondiale, Hugo Chavez a été la bête noire des Etats-Unis.
   D’autant plus que son parcours politique n'a connu aucune défaite personnelle dans les urnes et qu’une tentative de putsch qu’ils ont eux-mêmes ourdie n’aura duré que quelques heures en 2002.
  

Au sommet de sa carrière, il fut atteint depuis juin 2011 d’un cancer dans la zone pelvienne, soupçonné par les autorités vénézuéliennes de lui avoir inoculé par leurs agents.
Quand bien même, en plein traitement chimiothérapique, il est réélu pour un nouveau mandat de six ans en octobre.
Mais depuis, il n'a pas été en mesure de prêter serment et son investiture du 10 janvier avait été repoussée sine die.

Après plus de deux mois d'hospitalisation à Cuba, il est rentré inopinément à Caracas le 18 février. Mais sans faire aucune apparition en public.


Réduit au silence au cours des trois mois qu'a duré son agonie, Hugo Chavez n'a pas pu prendre congé de ses compatriotes mais il avait préparé sa succession en chargeant le vice-président Maduro d'assurer la transition. Mais aussi de se présenter en tant que candidat du parti socialiste au pouvoir en cas d'élection.