18-02-2020 09:52 PM Jerusalem Timing

Les 6 heures d’Assad et de Davutoğlu gardées sous silence

Les 6 heures d’Assad et de Davutoğlu gardées sous silence

Le contenu de la lettre de Gull est toujours tenu au secret, mais la presse parle de menaces, escortées de préparatifs de guerre. Tandis que la Russie demande de faire pression sur l’opposition.

 
Une chose est sure. Lors de sa rencontre avec le ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, c’est le président syrien qui a été particulièrement tranchant, voire inflexible. Affirmant vouloir venir à bout des "groupes terroristes", accusés de semer le chaos dans le pays.
 

"Nous n'allons pas fléchir dans la poursuite des groupes terroristes", a-t-il dit, cité par l'agence officielle Sana.

 

ElAssad a aussi exposé la situation qui sévit dans certaines villes syriennes, « en raison de ces groupes terroristes armés qui tuent les civils et les éléments des forces de sécurité et qui terrorisent les habitants ».
  

A son retour à Ankara, M. Davutoğlu n’a pas été très bavard.
"Nous avons eu l'occasion de parler de façon claire et nette des mesures à prendre pour que l'armée et le peuple ne se retrouvent pas face à face", a-t-il dit, après avoir mentionné avoir eu un entretien de six heures et demie avec le président syrien.
  

"Les développements, qui surviendront dans les prochains jours, seront décisifs quant aux attentes de la Turquie et du peuple syrien", a-t-il ajouté selon l’AFP.

Selon le correspondant du quotidien libanais AsSafir, les 6 heures de concertations étalées sur trois séquences ont permis de réduire l’état de crispation entre les deux délégations syriennes et turques.
Citant des sources syriennes, il a indiqué que la délégation turque a fait part d’une bienveillance fraternelle pour les intérêts de la Syrie.

Dans sa conférence de presse à Ankara, Davutoğlu a tenu à signaler qu’il a transmis un message exclusivement turc, contestant les prévisions qui parlaient qu’il était également porteur d’un message américain, vu que la secrétaire d’état Hillary Clinton l’avait contacté avant son voyage.

Il a précisé que le message avait été dépêché par le président turc Abdallah Gull et non par le premier ministre Recep Tayyeb Erdogan qui s’est contenté d’un message oral.

«  Nous avons partagé nos points de vue avec nos frères syriens d’une façon très franche et le président ElAssad a exprimé ses propres opinions durant notre rencontre bilatérale » s’est-il contenté de dire,  en allusion aux trois heures et demi de tête à tête qu’il a passées avec lui.

Malgré les multiples interrogations de la presse, Davutoğlu n'est pas rentré dans le vif du sujet, s'abstenant de dévoiler la teneur de sa lettre.

Presse turque : lettre menaçante et préparatifs militaires

En revanche, c’est le journal turc Milliyet qui s’est chargé de le faire. Sans préciser comment il a pu l’obtenir, il a publié un texte qui manque de diplomatie :

«  Nous avons déployé de gros efforts pour que les réformes soient la priorité de votre régime, sans effusion de sang et dans un cadre pacifique, mais vous êtes en train de vous jouer de nous depuis six mois. Notre patience en est à son point final. Vous devez dire votre dernier mot en toute franchise. Si vous ne renoncez pas à affronter les gens violemment, et si vous ne vous retirez pas des villes, nous allons renoncer à vous soutenir. Entamez les réformes, passez à la démocratie, et effectuez des élections générales ».

Milliyet a aussi fait part de préparatifs turcs militaires aux confins de la frontière avec la Syrie, ou deux contingents seraient stationnés en attendant les ordres. Dernièrement, des médias turcs ont parlé de combattants kurdes qui s’infiltrent dans les territoires turcs via Ghazi Antab et Iskandarune.

Des voix qui se démarquent des Occidentaux  

Face à la campagne de dramatisation menée par les Américains et leurs alliés monarchiques arabes, des voix se sont nettement démarquées.
Celle toujours de la Russie, qui a demandé à la communauté internationale de « faire pression sur l’opposition, pour acquiescer les appels de dialogue lancés par les autorités syriennes sur les réformes et pour s’écarter des groupes armés qui aspirent à exacerber les troubles et à réitérer le scénario libyen », selon les propos du chef de la diplomatie Sergei Lavrov.
  
Il y a eu aussi la voix de l’Afrique du Sud, dont la ministre des affaires étrangères Mme Maite Nkoana-Mashabane a tenu à exprimer devant son hôte syrien le vice-ministre des affaires étrangères syrien Fayçal Moukdad « son soutien aux reformes démocratiques entamées en Syrie, sous le commandement d’ElAssad et son refus de toute ingérence extérieure dans les affaires internes », de la Syrie, comme l’a rapporté l’agence Sana.

Plus inquiète a été celle de l'Egypte selon laquelle Damas s'orientait vers "un point de non-retour". Son ministre des Affaires étrangères Mohammed Amr s'est dit très inquiet de la situation qui se détériore "dangereusement".

Une mission de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du sud, ce trouve ce mercredi à Damas pour de nouveaux efforts pour mettre fin aux violences et amorcer le dialogue entre le pouvoir et les opposants.

 

Version officielle des faits

Sur le terrain, l’AFP a déclaré que les forces de sécurité ont poursuivi leurs opérations de ratissage et de perquisitions dans plusieurs villes. Citant l’Observatoire syrien des droits de l’homme, elle a indiqué que 34 personnes ont été tuées.

Pour sa part, la télévision syrienne a évoqué le cas de la  famille Kurdi qui a été agressée par des membres de groupes terroristes au quartier de Jora à Deir Ezzor, alors qu’elle tentait de s’enfuir vers le gouvernorat de Raqqa.
Deux autres blessés par balles ont raconté les détails d'une agression perpétrée à Homs par les groupes terroristes armés qui ont coupé les routes et pris d’assaut les forces de l'armée et du maintien de l'ordre.

Quant au caporal Mohamad Hassan Ali, il a déclaré à la télévision avoir essuyé des coups de feu tirés par des groupes armés à Homs alors qu'il exécutait une mission d'élimination des barricades dressées par ces groupes. Alors qu’un blessé civil de l'un des villages du gouvernorat de Homs a raconté comment il a été atteint par les balles tirées par cinq personnes à bord d'une voiture.

Ce qui s’est passé à Hama
 

Concernant la situation à Hama, d’où les chars se sont retirés, la  télévision syrienne a diffusé le témoignage d’un membre des groupes armés qui ont sévi dans cette ville, Nader Hassan Qattan. Lequel a relaté comment les groupes armés œuvraient dans cette ville.

Il raconte que "lorsque les troubles ont commencé à prendre de l'ampleur, des comités chargés de coordination à Hama ont commencé à demander aux habitants d'établir des barricades et de demander la carte d'identité à chaque personne qui entrait dans la ville.
"Il y avait des personnes armées sur ces barricades ce qui empêchait beaucoup de personnes de l'extérieur de Hama d'y entrer", a-t-il ajouté, précisant que l'objectif de ces mesures était de prendre le contrôle de la ville.

Qattan a ajouté que les groupes armés ont incité les habitants à s’abstenir de payer les factures d'eau et d'électricité dans le but de faire effondrer l'économie dans le pays.
"La situation a dégénéré dans la ville, et j'ai vu à maintes reprises des voitures chargées d'armes qui entraient dans la ville dans des véhicules censés transporter des vivres pour les habitants. Les armes ont été distribuées aux habitants", a-t-il poursuivi.
 

Et d’ajouter : "Un jour, j'ai rencontré un certain Mohammad Noueir qui m'a demandé mon avis sur la question des armes, il m'a demandé quelles étaient mes conditions de vie avant de me proposer de travailler avec lui et de recruter des jeunes pour multiplier le nombre des manifestants et pour les déployer sur les barricades en échange de cinq mille livres syriennes  par jour".
"Il m'a ensuite proposé 150 mille L.S. si j'accepte de participer à une attaque contre un poste de la police. Il m'a dit qu'il s'agit de représailles de certaines personnes ayant purgé des peines de prison" dit Qattane.
Selon lequel « l'attaque n'a pas visé un seul poste de police mais bien tous les postes de la police sans exception et ceci pour liquider les éléments du commandement de la police et confisquer les armes en leur possession".

"Nous étions une trentaine d'hommes armés et nous avons utilisé dans ces attaques des fusils à pompe et des fusils automatiques en plus des bombes Molotov", explique-t-il.
"Les éléments de la police ont commencé à se rendre, après avoir utilisé toutes les munitions dont ils disposent. Les groupes armés ont égorgé certains d’entre eux et tué d’autres à bout portant".
Qattan reconnaît avoir tiré sur le dernier policier qui s’était rendu.

"Les corps des policiers assassinés ont été mis ensuite à bord d'une voiture Pick up, puis jetés dans l'Oronte » dit-il confirmant l’authenticité des images diffusées par la télévision syrienne.
Avant de conclure: "Noueir a depuis disparu, sans rien payer comme il avait promis de le faire".