28-03-2020 11:31 PM Jerusalem Timing

L’ombre d’AlHassane et de Malbrunot sur l’acte d’accusation

L’ombre d’AlHassane et de Malbrunot sur l’acte d’accusation

L’implication de l’ancien chef du département de renseignements Wissam AlHassane dans la rédaction de l’acte d’accusation du TSL depuis les fuites du Figaro ne fait plus de doutes.

C’est le 22 aout 2006, dix jours après l’arrêt des hostilités israéliennes contre le Liban, que le journaliste du Figaro Georges Malbrunot a publié son reportage dans lequel il accuse des membres du Hezbollah d’être impliqués dans l’assassinat du Premier ministre.

Intitulé « L’ombre du Hezbollah sur l’assassinat de Hariri », l’article qui cite des sources libanaises proches des Hariri, avait alors déclenché la roue des accusations contre le Hezbollah après avoir ciblé les accusations contre la Syrie.

Deux ans et demi  plus tard, (la veille du scrutin électoral législatif du 2009, ndlr)  le magazine allemand Deir Spiegel reprend l’enquête de Malbrunot à son compte, puis l’a répété à plusieurs reprises, jusqu’au jour où il s’est avéré être bel et bien l’acte d’accusation du Tribunal spécial pour le Liban.

Durant cette période, je venais de rentrer de Beyrouth, et j’ai rencontré Malbrunot en marge d’une conférence de presse organisée dans le club de la presse étrangère à Paris.
C’est alors que nous avons entamé une discussion au cours de laquelle il a dévoilé indirectement la partie qui a rédigé l’acte d’accusation présenté par le TSL.

Je lui avais signifié que le timing de la publication de son reportage n’avait rien d’innocent, vu qu’il a concordé avec l’arrêt des opérations militaires contre le Liban, et avec la polémique qui battait son plein au Liban sur la question du déploiement d’une force internationale à laquelle participaient plusieurs états européens dont la France. Puis je lui ai rapporté la conclusion qu’il servait des objectifs de pression sur le Hezbollah.

Et lorsque je lui ai fait part que son reportage n’est pas crédible, Malbrunot s’est offusqué, en me répondant qu’il a rapporté sa version d’un responsable libanais proche de la famille Hariri. Et il a ajouté que les services de renseignements français étaient au courant de cette rencontre qui a eu lieu à Paris, durant la guerre.
Il a aussi refusé de révéler son identité. Sachant que le nom du colonel Wissam AlHassane (qui était alors le chef du département des renseignements au sein des Forces de sécurité intérieures, après avoir pendant de longues années été directeur de sécurité du défunt Rafic Hariri, ndlr) qui était le plus couramment mentionné dans les milieux journalistiques français lesquels étaient surs et certains que c’est lui qui a fourni à Malbrunot ce qui devait devenir cinq années plus tard l’acte d’accusation du TSL.

Mais le reportage du Figaro n’a pu réaliser les objectifs escomptés, vu l’implication totale de la France dans l’affaire du tribunal de Hariri et en raison aussi de la personnalité de Malbrunot qui avait auparavant axé tous ces articles sur l’accusation de la Syrie. Ce qui a décrédibilisé aussi bien le journal que le journaliste. Raison pour laquelle ce reportage s’est estompé durant deux ans et demi de suite.

Les causes françaises de ce retournement est le rôle direct joué par la France dans cette affaire, et qui a pris la forme d’un parti-pris lorsque Chirac a décidé d’héberger le faux-témoin Mohammad Zouheir Siddik. Vu aussi l’acceptation du Hezbollah que la France fasse partie de la Finul et la volonté de la France que l’Allemagne occupe toujours le devant de la scène des évènements, surtout après les déboires du juge allemand Detlev Mehlis en raison de ses mensonges et de sa corruption.

À la lumière des propos de Malbrunot sur sa rencontre avec le colonel Wissam AlHassan dans un restaurant parisien, il en découle que l’action des services de renseignements pour accuser des membres du Hezbollah a été décisive, loin des discours qui vantent l’honnêteté du TSL et l’objectivité du Droit international lequel  n’entre en action que sur un feu vert des grandes puissances et de leurs services de renseignements.

A Suivre

Nidal Hémadé : journaliste libanais résident en France.

Traduit de l'arabe par Leila Mazboudi 

 

(( Rque : le colonel AlHassane est soupçonné par certains Libanais, dont l’ancien directeur des FSI d’être lui-même impliqué dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre, d’autant plus que l’alibi qu’il a présenté sur son absence soudaine du convoi fatidique de Hariri n’est pas convainquant. ndlr))