22-02-2020 06:26 AM Jerusalem Timing

Canada: la police militaire accusée d’avoir couvert des sévices en Afghanistan

Canada: la police militaire accusée d’avoir couvert des sévices en Afghanistan

"Les principaux suspects sont eux-mêmes des hauts gradés de la police militaire canadienne".

La moitié des prisonniers afghans arrêtés par l'armée canadienne entre 2010 et 2011 n'avaient aucun rapport avec l'insurrection des talibans, et ont été détenus bien au-delà de la durée légale, ont dénoncé mercredi des membres de la police militaire.

Dans une lettre ouverte publiée par le quotidien La Presse, ces agents dénoncent "le refus de l'état-major de la police militaire de collaborer avec la Commission d'examen des plaintes" chargée de faire la lumière sur des sévices perpétrés sur la base de Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan.

Selon ces policiers militaires, qui disent avoir été témoins des faits dénoncés, "près de 50% des personnes incarcérées (...) n'étaient que des gens comme vous et moi, des époux, pères de famille, fermiers qui n'avaient strictement rien à se reprocher".

"La vérité, c'est que ces civils n'auraient jamais dû être incarcérés", écrivent ces militaires dont l'anonymat a été préservé par le quotidien.

Ils étaient appréhendés afin d'être forcés à livrer des indices sur les talibans et, dans bien des cas, étaient retenus en moyenne plus de deux mois, alors que la loi canadienne n'autorise qu'une incarcération maximum de 96 heures dans ce genre d'affaire.

"Nous prenons cela très au sérieux (...), mes responsables vont examiner ces allégations", a déclaré au Parlement le ministre de la Défense, Harjit Sajjan.

La lettre "vient juste d'être portée à ma connaissance", a ajouté le ministre, ancien lieutenant-colonel des Forces armées canadiennes. Harjit Sajjan a été déployé à trois reprises dans la région de Kandahar, entre 2006 et 2010.

Avec ces arrestations non justifiées et ces détentions arbitraires et illégales, "une vive tension s'installait avec les villageois", ont souligné les policiers militaires.

En prison, ces Afghans subissaient des "exercices d'entrée dynamiques", c'est-à-dire qu'ils étaient réveillés en pleine nuit par une cinquantaine de policiers militaires, puis interrogés.

Le but de ces exercices était d'"apeurer et (de) réduire la résilience cognitive des détenus", expliquent les signataires de cette lettre de quatre pages, dont l'un des auteurs a été interviewé par La Presse.

Selon eux, ces affirmations sont "validées" par des témoignages de policiers militaires enregistrés sous forme audio et vidéo. "Divers documents classifiés" confirment également ces allégations, ajoutent-ils.

Indépendante et garante du respect des règlements militaires, "la police militaire n'est en fait que l'instrument ou la marionnette des forces armées canadiennes", déplorent-ils.

Or, la police militaire canadienne a ouvert en novembre une enquête pour crimes de guerre sur le traitement des prisonniers en Afghanistan, mais l'état-major refuse "l'accès aux documents et enregistrements" pertinents, regrettent les auteurs de la lettre.

"Les principaux suspects sont eux-mêmes des hauts gradés de la police militaire canadienne", accusent-ils.