20-05-2019 10:11 AM Jerusalem Timing

Le putsch manqué en Turquie : un coup de chance pour la Syrie ?

Le putsch manqué en Turquie : un coup de chance pour la Syrie ?

Les Russues sont bien plus proches des Turcs que les Américains

Loin de scènes de liesses très compréhensibles qui ont eu lieu dans les villes syriennes pour fêter la tentative de putsch en Turquie, une lecture plus en profondeur de cet événement pourrait très bien parvenir à des déductions plutôt avantageuses pour Damas.

C’est l’avis de certains alliés de Damas, interrogés par le journaliste libanais Sami Kleib, et selon lesquels le coup d’Etat manqué pourrait très bien contribuer à parachever le rapprochement d’Ankara avec Moscou et à approfondir le clivage avec Washington.

D’autant qu’à la veille de cet événement dramatique, Moscou avait de grands espoirs sur un changement de la politique turque à l’encontre de la guerre en Syrie, voire sur son rôle au sein de l’Otan. Alors que Washington suspectait le rôle turc dans la lutte contre le terrorisme.

En tout cas, le rapprochement entre Erdogan et Poutine est survenue au comble de la tension avec Obama, lequel avait qualifié le président turc de «perdant et despote » (magazine Atlanta). Ce à quoi celui-ci a riposté en imputant à l’administration américaine le bain de sang dans lequel se trouve la région, car « elle n’a pas imposé de limites au parti des Travailleurs kurdes (PKK), au parti de l’Union démocratique et aux unités de protection du peuple kurde ».

Erdogan en était arrivé semble-t-il à demander aux Américains de choisir entre lui et les Kurdes. D’autant qu’ils ont refusé de classer les partis kurdes dans la liste terroriste, et avaient dépêché l’émissaire spécial du président Obama en Syrie et en Irak en compagnie du  commandant des opérations de la Coalition internationale dans la ville de Aïn Arab (Kobané) pour les soutenir. Rappelons à ce stade qu’Erdogan avait menacé après l’attentat d’Ankara de fermer la base militaire d’Incirlick et de lui couper le courant.

Alors que la Russie semblait décidée à s’impliquer dans la bataille du nord de la Syrie et persuadé de la nécessité de libérer la ville Alep, Erdogan s’était trouvé face à un Obama hésitant ...

C'est ainsi qu'il a choisi de baisser la tête et de se rendre à Moscou pour s’excuser pour l’avion russe abattu par ses forces , en espérant toutefois que ceci servirait de pression sur les Américains et sur l’Otan , ou d’obtenir l’aide russe pour freiner l’avancée des kurdes.

Signe de ce tiraillement à la veille du coup d’Etat manqué : les propos du Premier ministre Binali Yildirim qui avait considéré plus nécessaire de se réconcilier avec Damas pour vaincre le terrorisme ; propos rectifiés le lendemain en introduisant à la déclaration la petite phrase,  « ceci n’est possible qu’après le départ de Bachar al-Assad ».

Via leurs tractations avec le nouvel ambassadeur turc, les Russes étaient entièrement convaincus que le climat turc était positif à l’égard de la Syrie : il semblerait qu’Erdogan ait fait part de sa disposition à renoncer à Alep et à admettre son retour à l’Etat syrien, en échange de l’obtention de garantie russe à propos des kurdes.


Si elles s’avèrent véridiques, ces données auraient très bien pu exhorter  les Etats-Unis à inciter l’opposant turc Fatahallah Gulen à lancer son putsch contre Erdogan, lequel pourrait à son tour s’en servir pour parachever son tournant vers Moscou

Selon le chroniqueur d’assafir, il est difficile de croire que la démarche des putschistes turcs ait été entreprise sans feu vert américain. Une analyse corroborée par les positions russe et iranienne mettant en garde contre toute atteinte au gouvernement turc légitime ainsi que celle de l’opposition turque hostile au coup d’Etat.

Toujours selon M. Kleib, Erdogan n’en demeure pas moins le seul obstacle à l’accomplissement de ce tournant. Avec ses ambitions impériales et ses airs prétentieux exagérés, il pourrait bien croire être sorti plus puissant du putsch manqué, et décider de renverser la table sur tous. N’empêche qu’aujourd’hui, les Russe sont plus proches des Turcs que les Américains. Sauf si les Américains se résignent à livrer Gulen aux Turcs. Ce qui semble d’emblée impossible. A suivre.

Traduit non intégralement par notre site du journal Assafir.