23-01-2018 03:32 AM Jerusalem Timing

Libye: un commissaire européen prend ses distances avec la position de l’UE

Libye: un commissaire européen prend ses distances avec la position de l’UE

M.John Dalli a dans le passé étroitement travaillé avec la Libye pendant de nombreuses années en tant qu’homme d’affaires

Le commissaire européen maltais John Dalli a défendu samedi ses propos tenus la veille dans son pays, où il a refusé de demander le départ du pouvoir de Mouammar Kadhafi, se démarquant ainsi de la position officielle de l'UE.
  
M. Dalli, 62 ans, qui dans le passé a étroitement travaillé avec la Libye pendant de nombreuses années en tant qu'homme d'affaires, avait déclaré vendredi au cours d'un forum économique maltais qu'il ne pensait "pas avoir le droit, pas plus que quiconque, de se prononcer sur le fait de savoir si Kadhafi doit démissionner".
  
"Je pense qu'il appartient à Kadhafi de prendre ses propres décisions", a déclaré M. Dalli, commissaire chargé de la Santé et de la protection des consommateurs, se voulant conciliant à l'égard de celui qui depuis près de 42 ans dirige d'une main de fer la Libye: "je pense que Kadhafi a fait une première tentative de conciliation" en proposant de négocier avec les insurgés.
  
John Dalli a également apporté du grain à moudre à la thèse du colonel Kadhafi selon laquelle des forces extérieures à la Libye ont manipulé et exagéré l'importance des manifestations de protestation dans son pays, à l'intention des médias étrangers.
   "Il y a des fois où le doute s'installe lorsqu'on voit des gens parlant parfaitement l'anglais être portés par un groupe de personnes pour leur donner l'allure d'une foule", a dit le commissaire. "Je me demande s'il n'y a pas des images qui sont créées pour les journalistes", a-t-il ajouté, cité par des médias maltais.
  
Ces propos sont largement en contradiction avec la position adoptée par l'UE et en particulier par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
   Ce dernier a clairement appelé cette semaine le colonel Kadhafi à quitter le pouvoir. "Il est temps qu'il parte et qu'il rende le pays à la population libyenne, afin de permettre aux forces démocratiques de tracer un avenir", avait dit M. Barroso mercredi, qualifiant la situation en Libye d'"atroce".
  
Le porte-parole de M. Dalli, Frédéric Vincent, interrogé par l'AFP samedi, a défendu les propos du commissaire en les qualifiant de "commentaires personnels" sur un pays qu'il connaît bien, "ce n'est pas un secret", et qui ne doivent "pas être confondus avec des convictions profondes".
 
 M. Dalli a aussi déclaré à Malte qu'une solution devait être trouvée "qui respecte les droits de l'Homme", a fait valoir son porte-parole, "ce qui est parfaitement conforme avec les valeurs de la Commission".
   "En ajoutant certains commentaires personnels --devant un auditoire à Malte qui, il faut s'en souvenir, est un voisin très proche (de la Libye)-- il a simplement fait ce que font des millions de personnes dans le monde", a encore dit M. Vincent.
  
Les propos de John Dalli, qui fut ministres des Finances et des Affaires étrangères dans son pays, sont potentiellement embarrassants car il a pendant longtemps fait des affaires avec la Libye.
  
Entre 2004 et 2008, il a notamment dirigé une société de conseil facilitant les investissements maltais en Libye, avec un bureau à Tripoli, qui appartient aujourd'hui à sa famille. Il fut aussi de 1987 à 2004, pratiquement sans interruption, à la tête d'une commission spécialisée dans les relations entre Malte et la Libye, à une période où Tripoli était soumis à des sanctions internationales.