16-09-2019 05:47 AM Jerusalem Timing

Syrie: le défi relevé d’Assad: Baba Amr et plan Annan

Syrie: le défi relevé d’Assad: Baba Amr et  plan Annan

Moscou et Pékin patronnent le plan, après avoir eu gain de cause. Les Arabes et le CNS fléchissent mais veulent sauver le face

 Assad à Baba AmrLe président syrien Bachar al-Assad se trouvait ce mardi au cœur du fief de l’insurrection syrienne : dans le quartier de Baba Amr. Au moment où les porte-paroles de l’insurrection, dont les Comités Locaux de Coordination, présentés par les agences internationales comme étant « les animateurs de la révolution »,  faisaient état que ce quartier et d’autres faisaient l’objet d’un pilonnage qui se poursuit depuis une semaine.

Dans les rues de Baba Amr, selon les images diffusées par la télévision syrienne, pas le moindre pilonnage. Marchant au milieu des rues délabrées, M. Assad a salué des habitants et assuré que "la vie normale reviendra à Baba Amr".
  "Baba Amr va devenir beaucoup mieux qu'avant", a-t-il promis, au milieu d'un attroupement au pied d'immeubles détruits et sous une fine pluie.
   Il a en outre jugé nécessaire qu'"un calendrier soit établi" pour la remise en état du quartier.
  

Assad à la mosquée des Omeyyades/FévrierCes derniers temps, à la surprise de ses ennemis, le président syrien multiplie ses sorties à tous risques. La semaine passée, il s’était rendu à la mosquée des Omeyyades au cœur de la vielle ville de Damas pour regarder une reliure du Coran.

Il était également dans cette même mosquée le mois de février dernier, lors de la prière en public organisée à l’ occasion de l’anniversaire du prophète Mohammad (S). Le mois de janvier, Assad avait fait une apparition en public durant une manifestation de soutien, sa femme et ses deux enfants ayant également apparu en public.
  

Assad à Baba Amr"Dieu, la Syrie, Bachar et c'est tout", scandaient les habitants de Baba Amr, un slogan des partisans du régime.
 La télévision a montré une femme frayant son chemin pour embrasser le président syrien.
 Evoquant les violences des « terroristes » dans Baba Amr, M. Assad a affirmé que "l'Etat a été prompt à remplir son devoir de protection de ses citoyens", selon l'agence officielle Sana.
  

"L'Etat a voulu donner à ceux qui s'étaient éloignés du droit chemin, le plus grand nombre d'occasions pour qu'ils (...) jettent les armes, mais ils ont (...) intensifié leur terrorisme. Il fallait donc agir pour ramener la sécurité et la tranquillité, et imposer la loi", a-t-il ajouté.

 

Assad à Baba AmrPassant dans différents programmes télévisés diffusés durant cette crise, de nombreux citoyens syriens avaient manifesté leur exaspération et reproché aux autorités de ne pas avoir dès le début donné l’ordre de mettre fin à ces débordements et actes de violence des insurgés.
  

M. Assad a également passé en revue l'armée syrienne, a ajouté Sana, affirmant aux militaires que les "sacrifices et les efforts consentis ont permis de préserver la patrie, sa sécurité et sa stabilité".

Le feu vert de Damas à Annan

Cette visite surprise intervient au moment où Damas a donné son feu vert à l’initiative de l’émissaire de l’Onu Kofi Annan, comme l’a confirmée son porte-parole Ahmad Fawzi.
Le plan Annan formé de 6 points préconise la cessation de toutes formes de violence par toutes les parties sous supervision de l'ONU, la fourniture d'aide humanitaire et la libération des personnes détenues arbitrairement.
Pour M. Annan, a spécifié Fawzi, la décision de Damas devrait permettre de "créer un environnement propice à un dialogue politique qui répondrait aux aspirations légitimes du peuple syrien".
Toutes les activités seront supervisées par le gouvernement syrien. le plan ne prévoit aucun départ du président syrien !

 

Medvedev raille l’idée du départ d’Assad  
 

Obama et MedvedevJustement, l’idée du départ d’al-Assad a été raillée ce mardi par le président russe, Dmitri Medvedev.
"Penser que le départ d'Assad signifie le règlement de tous les problèmes est une position à courte vue, tout le monde comprend que dans ce cas-là le conflit aurait toutes les chances de se poursuivre", a déclaré M. Medvedev à Séoul aux agences russes.
  

"Je voudrais que le devenir de la Syrie soit décidé par le peuple syrien et non par les respectables dirigeants d'autres pays étrangers", a ajouté M. Medvedev en référence aux responsables occidentaux et arabes des monarchies golfiques qui réclament avec insistance le départ de Bachar al-Assad.
   M. Medvedev a souligné que la mission de l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie, Kofi Annan, était "la dernière chance pour éviter une guerre civile" dans ce pays, répétant des propos tenus dimanche à Moscou lors d'une rencontre avec M. Annan.

La partie gagnée par Moscou et Pékin  

La Russie a bloqué avec la Chine deux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU dont les termes condamnaient « la répression de la contestation par le régime de Damas ».
Tous deux ont exigé un texte plus équilibré qui condamnent également les exactions et les violences commises par les insurgés.
Sachant que l’agence de presse syrienne Sana fait état quotidiennement de 5 à 10 tués dans les rangs des forces de l’ordre et de l’armée. (14 ce mardi, 5 lundi). les agences internationales se contentent de rapporter les chiffres véhiculés arbitrairement par l’Organisation syrienne des droits de l’homme (OSDH) qui siège à Londres et qui fait état de 10.000 tués depuis le début de la crise.  
 

Assad à Baba AmrEn fin de compte, Moscou et Pékin ont eu gain de cause. Le 21 mars le Conseil de sécurité votait a l’unanimité une déclaration (forme moins contraignante que la résolution) appelant à la fin des violences, exhortant Bachar al-Assad et ses opposants à "appliquer immédiatement" le plan Annan et demandant à la Syrie d'appliquer sans tarder ses propositions de règlement.

Lors de la rencontre mardi avec M. Annan, venu prendre l’appui de Pékin à son plan et l’a obtenu, le chef du gouvernement chinois Wen Jiabao a tenu à expliquer le vote de son pays en faveur de la déclaration de l'ONU précisant qu’elle reflétait "le niveau élevé d'inquiétude et l'important consensus auquel est parvenue la communauté internationale sur la question syrienne".
  "Le gouvernement chinois soutient vos efforts de médiation en tant qu'envoyé spécial", a aussi confirmé M. Wen.
Ultérieurement, dans une conférence de presse, le porte-parole du ministre des affaires étrangères a appelé toutes les parties en Syrie à s'impliquer dans les efforts déployés par M. Annan.
''Nous espérons que toutes les parties en Syrie contribuent aux efforts de médiation de Kofi Annan pour assurer les conditions d'un règlement politique de la situation dans ce pays'', a affirmé Hong Lee.

  

Ligue arabe à Bagdad : sauver la face

Du côté des pays arabes, les réactions semblent quelque peu mitigé, question serait-ce de sauver la face.

Réunis à Bagdad pour rédiger le projet de résolution qui devrait être voté Jeudi, ils approuvent le plan Annan tout en s’attachant aux résolutions qui exigent le départ d’Assad.

S’adressant aussi bien au gouvernement qu’à l'opposition, ils leur demandent d’amorcer un dialogue, sans aucune allusion à l’option militaire qui semble à jamais écartée. Il est vrai qu’elle s’est avérée inefficace !

"Le sommet arabe accueille favorablement la mission des Nations Unies et de la Ligue arabe sur la Syrie, conduite par Kofi Annan, pour mener à bien le processus politique en trouvant des solutions à la crise et une transition pacifique vers une existence démocratique", a affirmé le texte.
   Il invite "le gouvernement syrien et toutes les composantes de l'opposition à adopter une attitude positive envers cette délégation en entamant un dialogue national sérieux basé sur le plan soumis par la Ligue arabe et la résolution adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU.
   Cette résolution du 16 février, rejetée par Moscou et Pékin, exige du gouvernement syrien « qu'il mette fin à ses attaques contre sa population civile, soutienne les efforts de la Ligue arabe pour assurer une transition démocratique à Damas et recommande la nomination d'un envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie ».
   Le plan, adopté par la Ligue arabe le 22 janvier, appelle le président syrien à déléguer "des prérogatives (à son) vice-président pour traiter avec un gouvernement d'union nationale" appelé à être "formé dans les deux mois".
  

Les Arabes ont aussi des mots pour les opposants syriens réunis à Istanbul ce mardi pour tenter de pallier aux divisions qui les minent. "Toutes les composantes de l'opposition sont appelés à s'unifier et à élaborer leurs projets pour mener un dialogue sérieux afin d'aboutir à une vie démocratique comme le souhaite le peuple syrien", devrait signaler la résolution arabe.
  
Les 400 d’Istanbul : à côté de la plaque
  

Bourhane Ghalioune en TurquieApres l’échec de leur première rencontre à Tunis, quelques 400 opposants syriens, selon les organisateurs, vont se rencontrer dès dimanche prochain à Istanbul.  Comme dans la rencontre de Tunisie, la plupart des pays occidentaux et des pays arabes seront au rendez-vous, et les deux puissances, russe et chinoise devraient à nouveau bouder la conférence. 

 Durant cette réunion à huis clos de cinq jours, les participants sont invités à se prononcer sur un projet de déclaration finale. Celle-ci est présenté par le Conseil national Syrien (CNS), coalition de l'opposition, reconnue par les Occidentaux et les Arabes mais contestée par de nombreux partis et personnalités syriennes influentes et ayant connu de nombreux désistements.

La déclaration finale en appelle à la création d'un état de droit et des "élections libres" en Syrie.
"La nouvelle Syrie sera une république démocratique, basée sur la vie constitutionnelle et la souveraineté de la loi faisant les citoyens égaux, quels que soient leur origines religieuse, nationale ou intellectuelle", indique le texte du CNS.
 La nouvelle constitution syrienne "affirme la non-discrimination entre toutes les composantes de la société syrienne", qu'il s'agisse de communautés religieuses ou ethniques, ajoute le texte, alors que les violences en Syrie, pays qui compte de nombreuses minorités, font redouter une guerre civile.
 Dans son discours d'ouverture de la réunion, le président du CNS Burhan Ghalioun a pour sa part appelé la communauté internationale à soutenir les rebelles de l'Armée libre syrienne (ALS) en lui fournissant des armes et en versant des salaires à ses membres, selon une source à l'intérieur de la réunion, qui a tenu à conserver l'anonymat.
 Cette réunion d'Istanbul a été précédée dimanche et lundi à Istanbul de rencontres informelles entre factions de l'opposition.
  

Le Qatar, pays qui assure la présidence tournante de la Ligue arabe, ainsi que la Turquie, pays hôte, sont représentés par des diplomates de haut rang à ce forum.

Les récalcitrants de la réunion : le CNS qui veut confisquer l’opposition

Cette réunion d'Istanbul est certes loin de faire l'unanimité. Le Comité de coordination national pour le changement national et démocratique (CCNCD) qui regroupe des partis nationalistes arabes, kurdes et socialistes, et un groupe constitué autour de l'intellectuel Michel Kilo, ne participent pas à ce forum.
le CCNCD reproche au CNS de vouloir s’accaparer l’opposition et d’imposer sa vision au lieu de chercher à l’élaborer ensemble.
  

Haytham al-MalehMême diatribe de la part du militant pour les droits de l'Homme et figure historique de la lutte pour la démocratie en Syrie Haitham al-Maleh, qui estime que le CNS ne respecte pas les autres composantes de l'opposition.
   "Al-Maleh s'est retiré parce que le CNS doit être une composante de l'opposition et ne pas chercher à représenter toute l'opposition", a déclaré à l'AFP une source à l'intérieur de la salle de réunion.
   M. al-Maleh a démissionné du CNS, dont il était un des huit membres du comité exécutif, le 14 mars en compagnie de deux autres personnalités, Kamal al-Labwani et Catherine al-Tell.

Un autre opposant de taille, Haytham Mannaa, président de l'Organisme syrien des droits de l'homme qui siège à Paris s'est refusé dès le début de se rallier au CNS le taxant de "conseil d’Istanbul, et table de mendicité". En terme politique, il reproche à cette coalition de vouloir unir l’opposition selon des critères qataris et turcs et de trop prendre en considération les sensibilités des pays du Golfe.

 L'oeil de la France
  
Particulièrement offusquée par les divisions des opposants syriens, la France garde l’œil sur la rencontre d’Istanbul.

Juppé et Lavrov"Nous encourageons l'opposition à construire son unité (...) autour d'une charte", a affirmé le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero.
   L'adoption de cette charte "serait un pas décisif", a-t-il estimé. La réunion d'Istanbul est une "occasion pour tous de se retrouver sur une plateforme". "Il s'agit aujourd'hui de fédérer l'opposition dans toutes ses composantes" dans la perspective à l'avenir d'aboutir à une "Syrie plurielle", a-t-il précisé.

 Au cours de ce mois-ci, le ministre des affaires étrangères français Alain Juppé ne s’est pas ménagé de la réprimander la taxant « d’incapable et de médiocre » !