23-09-2018 12:12 AM Jerusalem Timing

Le mythe de « la menace iranienne », par Yakov Rabkin

Le mythe de « la menace iranienne », par Yakov Rabkin

Prof d’Histoire à l’Université de Montréal et auteur du livre « Au nom de la Torah : Une histoire de l’opposition juive au sionisme ».

 Dans le contexte des élections présidentielles françaises de 2012, certains candidats (Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon, ...) reprennent à leur compte le mensonge selon lequel le président iranien aurait déclaré qu'il souhaitait rayer Israël de la carte.

Yakov Rabkin

Le consensus en matière de politique étrangère semble très solide en France. Ce consensus concerne avant tout les actions occidentales dans les pays non occidentaux : la Lybie, la Syrie, l’Iran.

Les élites politiques gardent toujours en mémoire la « mission civilisatrice de la France » en Afrique et en Asie. Elles ont accepté que le principe d’égalité s’applique aux peuples moins blancs seulement après le retrait de l’Algérie.

Et depuis une vingtaine d’années, la légitimité grandissante du racisme facilite le retour à la discrimination raciale à l’intérieur (d’où l’essor de l’extrême droite) et à des interventions militaires du type néocolonial à l’extérieur.

L’État d’Israël en donne l’exemple en agissant d’une façon résolue et avec impunité comme « le rempart de la civilisation occidentale » au Moyen Orient.

Beaucoup de Français s’inspirent de cet exemple, acceptent le mythe de « la menace iranienne » fabriqué par les élites sionistes afin de non seulement consolider la société autour de la droite nationaliste mais également faire disparaître la tragédie palestinienne de l’opinion publique.

Cette politique met en relief le refus d’appliquer le principe d’égalité à la République islamique.

Ce qui est permis à Israël, notamment de disposer d'armes nucléaires sans aucun contrôle international, ne pourrait, dans cette logique coloniale, s’appliquer à un autre pays de la région. C’est ce mélange d’impunité et d’arrogance qu’admirent les élites politiques en France.

 

Propos recueillis par Agoravox