18-02-2020 08:12 PM Jerusalem Timing

Kidnappings tous azimuts en Syrie

Kidnappings tous azimuts en Syrie

La révolution qui sombre dans la terreur

Officiers enlevésQui enlève qui en Syrie, pourquoi et comment ? La question s’impose tant cette pratique terrifiante est de mise dans ce pays où sévit une insurrection d’une violence inouïe, ne faisant aucune distinction entre civils et militaires, entre citoyens ordinaires et partisans du pouvoir.
Des milliers de syriens ont grossi le flot des kidnappés, de toutes les classes, de toutes les catégories, de toutes les communautés.
Selon le quotidien libanais AsSafir, tous les kidnappings ne se ressemblent pas. Ni les kidnappeurs, ni les kidnappés non plus.

Kidnapping banal

Le plus banal et le moins sanguinaire étant celui de Majed, raconté par le journal libanais. Ce jeune adolescent de 17 ans a été enlevé par des miliciens dans rue de la capitale. A peine quelques heures après, les ravisseurs ont contacté ses parents, exigeant une rançon de 7 millions de livres syriennes(LS), l’équivalent de 100 mille dollars. Un chiffre astronomique pour sa famille, qui entamera des  négociations qui permettront de le baisser à un million LS (= 15 mille dollars). Certes Majed est rentré chez lui. Mais depuis, il ne sort que très rarement.
Hélas,  tous les kidnappés non plus n’ont pas eu la chance de Majed. Certains ont été retrouvés sans vie, d’autres n’ont plus jamais donné signe de vie, et d’aucuns n’ont été relâchés qu’après avoir été torturés et en gardent une mutilation à vie.

Du kidnapping à l’échafaud

En tête de ceux qui ne rentrent jamais plus chez eux figurent les militaires et les policiers. Mêmes ceux qui ne font rien d’autre que de garfer les batiments officiels. Leurs kidnappeurs ne sont autres que les différentes milices de l’Armée syrienne libre. Ils sont directement exécutés lorsqu’ils refusent de faire défection. Sauf si les forces gouvernementales parviennent à les retrouver avant. Généralement, leur enlèvement est médiatisé sur la toile, via des vidéos You Tube.

Parfois leur exécution aussi, sous prétexte que ce sont les Chabbihas du régime, (les voyous du régime). Nombreux d’entre eux ont été décapités devant les caméras. Les images des policiers dont les cadavres ont été jetés par-dessus le toit d'une  municipalité dans la province d’Alep sont toujours vivantes.

Cette médiatisation qui semble suivre des directives méthodologiques s’adresse à tous les Syriens, pour les dissuader de rallier ses rangs.  Son but final ne saurait être autre que de détruire  l’institution militaire et les services de sécurité.

 

Du kidnapping pour la terreur

D’autres catégories font aussi les frais de cette politique, les décapitations en moins : des fonctionnaires du secteur public, des sportifs, des hommes politiques, des députés ou leurs fils, des professeurs d’universités, voir même des médecins,..., tous proches du régime, ou hostiles à l’insurrection ou aux salafistes.  S’ils ne se démarquent pas du régime, ils n’ont aucune chance de rentrer chez eux.
Bassel, sobriquet d’un ingénieur en télécommunications qui travaillait au ministère des télécommunications a été kidnappé pendant plus de quatre mois. Partisan du président syrien, les ravisseurs ont même demandé à ses parents de leur donner sa voiture, son ordinateur. Durant les séances de tortures qu’il a subies, son soutien à Bachar lui était constamment reproché. On lui a même demandé de décrocher les portraits du président syrien sur les murs de sa chambre. Lorsqu’il a été libéré en échange d’un million de livres syriennes, il était complètent effondré et depuis il ne sort pratiquement plus de sa chambre.
Tarek, pseudonyme du fiTois des quatres journaliste de la télévision Ikhbariya sont rentrés chez euxls d’un fonctionnaire du secteur public assure avoir lui et son père reçu un flot de menaces de liquidations. Par la suite, on lui a volé sa voiture et on n’a pas arrêté de le harceler dans son lieu de travail, le sommant de faire défection. Son père qui a été enlevé n’a été relâché qu’après s’être engagé à démissionner.   
Un médecin a également été accusé à tort par un comité de coordination à Damas de travailler pour les forces de sécurité. Sachant qu’il n’a rien à voir avec la politique ni les forces de sécurité, d’autant plus que quelques-uns de ses proches sont arrêtés.  Les ravisseurs l’ont entre autre menacé de violer son épouse et sa fille.

Du kidnapping pour l'argent

 
Enlevés iraniensCertaines des victimes préférées des enlèvements sont des hommes d’affaires, des patrons d’usines, de grands commerçants, soit des richissimes proches du régime ou pas. Leurs ravisseurs sont soit des miliciens qui voudraient se financer ou s’acheter des armements, soit des bandits, ou encore des démunis qui n’ont pas de quoi nourrir leurs familles. Mais souvent, il arrive souvent que les victimes ne sont que des gens de la classe moyenne, voire encore moins.

C’est le cas du chauffeur de taxi Khalil qui travaille dans la province de Damas. Il raconte avoir été kidnappé par une bande qui a exigé au début la somme de 25 millions de livres syriennes. Ce qui était inconcevable pour sa famille. Grace aux sollicitations de sa mère, le montait a été revu à la baisse jusqu’à la somme de 700 milles livres syriennes (= 100 milles dollars). Le jour de sa libération, son ravisseur lui a lancé : pardonne-nous mais nous n’avons pas de quoi faire manger nos enfants.  

Kidnappings politiques et confessionnels

Les enlevés libanaisMais il est certains kidnappings qui sont perpétrés pour faire des échanges. Aussi bien les miliciens que les forces gouvernementales s’y adonnent. Les miliciens ont été toutefois les premiers à les exécuter à Homs, pour obtenir la libération de leurs compagnons emprisonnés dans les geôles syriennes. Les forces gouvernementales n’ont pas tardé à les imiter. Ils se sont -- souvent mus en massacres de part et d'autre.  

Mais il est certains types de kidnappings qui sont l’apanage des miliciens seulement : celui de séquestrer des étrangers : les Iraniens, les Libanais, l’ukrainienne dernièrement. Ils servent dans les pressions d’ordre politique.
Et celui le plus horrible de tous, commis pour des raisons confessionnelles. Selon AsSafir, ses victimes finissent toutes par trouver la mort. Après avoir été violées, pour les femmes. Dans certains cas, les ravisseurs font semblant d’exiger des libérations en échange mais donnent des noms inexistants, avant de passer à l’acte. Question d’exacerber le supplice des proches.

Le prêtre Fadi AbbasLe dernier enlèvement à caractère communautaire est celui du prêtre Fadi Abbas qui a disparu dans la région de Katana dans la province de Damas et n'a plus donné signe de vie depuis.

Kidnappings d'apostasie 

Abdel Aziz KheirLe théatre syrien présente aussi une autre forme d'enlèvements, celui des opposants farouches au régime, connus pour avoir passé des années dans les geôles syriennes.  C'est le cas d'Abdel Azizi AlKheir qui a été enlevé en rentrant en Syrie depuis près de deux mois. Accusées, les autorités se défendent de l'avoir perpétré et accusent les miliciens de l'ASL. Surtout qu'il est également un farouche opposant au Conseil national syrien et à la militarisation de la révolution syrienne.

Quant à Nabil Fayyad, également emprisonné à plusieurs reprises, il a fait l’objet d’une tentative d’enlèvement de la part des milices le mois d'aout dernier. Pour son bonheur, elle a échoué. Lui-même accuse ses proches,  des Nabil Fayyadsalafistes takfiris, de l'avoir apostasié et de vouloir sa peau. Selon lui, les "révolutionnaires" sont plus sanguinaires que les sbires du régime. «  Au moins on se contente de m’emprisonner chez les geôliers du régime. Alors que chez les miliciens, je n’en sortirai jamais », avait-il affirmé dans un entretien avec la télévision qatarie Al-Jazeera.
«  L’enfer de Bachar vaut mieux que le paradis des salafistes takfiris », avait-t-il conclu.

La terreur à défaut d'une révolution

 Forme inédite dans l’histoire des révolutions, les kidnappings qui figurent en tête des exactions rebelles ne sauraient être expliqués comme étant une  réaction normale à la répression sanguinaire du régime.
Loin des considérations idéalistes qui permettent aux révolutions ce qu'elles interdisent aux autres formes d'actions politiques, cette violence s'est avérée être structurellement inhérente à la révolution syrienne. Si révolution est.
Serait-ce justement parce que les facteurs d'une révolution n'ont jamais été réunis dans le cas syrien que tant de terreur sévit!